
Dan Hanganu, le pavillon de Design de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Université du Québec à Montréal, 1995
Rédigé par : Inderbir Singh Riar, professeur agrégé
Azrieli School of Architecture & Urbanism, Carleton University, Ottawa
Les villes canadiennes accueillent principalement deux types d’universités : des institutions historiques fondées surtout au XIXe siècle, et des établissements modernes créés peu après 1945. Ces derniers, dont les origines se trouvent souvent dans des alternatives comme la formation professionnelle du YMCA et les études générales pour adultes, incarnaient les ambitions croissantes de l’État-providence. La générosité gouvernementale durant les décennies d’après-guerre a permis l’expansion de l’enseignement postsecondaire, d’abord pour les anciens combattants, puis en réponse à des phénomènes en évolution, qu’il s’agisse de la suburbanisation croissante ou de l’augmentation de l’immigration. De nouvelles facultés et de nouveaux campus ont rapidement adopté une esthétique moderniste. Une pensée à grande échelle a donné lieu à des expérimentations radicales, parfois évocatrices du mouvement mégastructural. L’Université du Québec à Montréal (UQAM) s’inscrit parmi les tentatives les plus audacieuses de création d’une université publique visant à promouvoir la modernisation culturelle et sociale. Le plan directeur de l’architecte local Dimitri Dimakopoulos, conçu en 1969 et réalisé en 1978 en collaboration avec Jodoin Lamarre Pratte, répondait aux objectifs des décideurs progressistes en matière de participation et de polyvalence, dans la foulée des réformes portées par la Révolution tranquille du Québec. Le campus, situé au cœur du Quartier latin de Montréal, a continué de s’étendre grâce à des ensembles bien conçus et à l’adaptation réfléchie de bâtiments patrimoniaux.
Le pavillon de design de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), réalisée en 1995 par l’architecte montréalais Dan Hanganu, demeure, trente ans plus tard, l’un des environnements les plus exemplaires et stimulants pour l’enseignement supérieur des arts créatifs au Canada. Né en 1939, Hanganu a étudié l’architecture à Bucarest. Son immigration au Canada en 1970, après un séjour d’un an à Paris, lui a permis d’acquérir une formation précieuse au sein du bureau de Dimakopoulos et auprès de l’architecte polyvalent d’origine polonaise Victor Prus. Hanganu a fondé sa propre pratique en 1979. Ses projets de logements multifamiliaux, à diverses échelles, ont introduit une approche fondamentale de l’espace et de la structure : des masses porteuses robustes solidement ancrées au sol, des vides et des volumes intérieurs saisissants avec une forte poussée verticale, ainsi qu’un ornement inventé exprimant une tectonique maîtrisée et une grande intensité dramatique. Comme l’a observé le critique et historien de l’architecture Kenneth Frampton, cette approche synthétise la recherche de Hanganu sur les règles de composition d’une forme urbaine forte et un constructivisme contemporain convaincant, exprimé par des éléments répétitifs au caractère cubiste et chromatique. Ce langage esthétique riche a marqué ses commandes institutionnelles, notamment dès 1992 avec le musée d’archéologie Pointe-à-Callière dans le Vieux-Montréal, puis avec force à l’UQAM.
Le pavillon de design de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)de Hanganu occupe un angle de rue avec une présence affirmée, mettant en valeur le béton coulé, le bloc de béton personnalisé, le coffrage métallique et le verre. Un plan en L, composé d’ailes de la longueur d’un îlot, encadre 11 000 mètres carrés consacrés à une immersion dans des disciplines allant de l’architecture au graphisme. Le parti architectural fusionne sans doute les « Cinq points de l’architecture moderne » de Le Corbusier (1926) et la distinction entre espaces servants et espaces servis développée par l’architecte américain Louis Kahn après la Seconde Guerre mondiale. Un hall d’entrée spectaculaire de quatre étages, comprenant une galerie d’exposition au rez-de-chaussée, mène à un escalier monumental emblématique qui se resserre en s’élevant vers un atrium étroit et profond, éclairé par le haut, qui traverse l’école. Des plateaux empilés avec audace, animés par des escaliers en épingle, des paliers en porte-à-faux et des mezzanines saillantes, offrent des vues vertigineuses sur l’énergie créative des étudiants au travail. Le traitement valorisant de matériaux industriels économiques et standard — panneaux de particules teintés, montants apparents, treillis métallique, tôle damier et acier ondulé — se poursuit dans l’équipement de Hanganu : escaliers, garde-corps ou conduits de climatisation imitant les colonnes adjacentes laissées dans des gaines cylindriques, dotés d’une charge ludique. La lumière pénètre de toutes parts. Le résultat est unique : à la fois fonctionnel et poétique, avec une touche surréaliste sans équivalent dans l’architecture contemporaine canadienne.
Le décès prématuré de Dan Hanganu en 2017 a privé Montréal d’un talent singulier. Le pavillon de Design de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) de l’UQAM, véritable jalon de sa maturité architecturale, a servi de modèle pour d’importants projets publics qui ont marqué sa ville natale au cours de la décennie suivante. Parmi ceux-ci figure le remarquable Centre d’archives municipal, réalisé en 2001. Toutes ses réalisations n’ont pas connu un succès égal, certaines propositions plus récentes étant peut-être contraintes de s’appuyer sur des rendus numériques parfois trop spectaculaires. Néanmoins, deux bibliothèques publiques achevées en 2013, à Montréal et à Québec, confirment l’engagement de Hanganu envers un cadre civique de qualité. En définitive, son pavillon de design de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) constitue une véritable leçon magistrale pour les étudiants en architecture. Utilité, durabilité et beauté y coexistent pour nourrir les besoins intellectuels et émotionnels de la création artistique. Cette qualité indéniable témoigne également d’une administration universitaire éclairée, prête à investir dans une architecture d’avant-garde bien conçue — à mille lieues de nombreuses directions universitaires qui privilégient les économies à court terme ou recherchent des effets spectaculaires, lesquels, par des constructions à bas coût ou des tendances superficielles, appauvrissent inévitablement l’expérience étudiante aujourd’hui.