L’IRAC a élaboré quatre études de cas exemplifiant les meilleures pratiques en matière de co-conception architecturale et de construction avec les Premières Nations, afin de constituer une ressource pour les architectes, les communautés autochtones, les décideurs et les bailleurs de fonds. Ces études de cas offrent un aperçu concret de la manière dont les processus de conception collaborative peuvent placer au cœur du projet les priorités, les savoirs et les aspirations des peuples autochtones dans l’environnement bâti.
L’architecture, en tant que profession orientée vers le bien public, joue un rôle essentiel dans la réconciliation, particulièrement lorsque les peuples autochtones sont placés comme décideurs dans la création et l’aménagement de leurs communautés. Ces études de cas démontrent comment un processus de co-conception fondé sur le respect, les relations et l’écoute peut mener à des bâtiments qui soutiennent l’identité culturelle, le bien-être et le développement communautaire.
Ce travail s’appuie sur les bases posées lors du Symposium international sur l’architecture et le design autochtones de l’IRAC en 2017, où des architectes et leaders autochtones du Canada, d’Aotearoa (Nouvelle-Zélande), d’Australie et des États-Unis ont défini les meilleures pratiques en matière de co-conception. Ces principes continuent d’être portés par le Groupe de travail autochtone de l’IRAC et le Groupe de travail sur la vérité et la réconciliation.
Aperçu
Chaque étude de cas représente un type d’infrastructure différent — école, centre culturel, centre administratif/commercial et logement — reflétant la diversité des besoins en infrastructures des communautés autochtones. Les récits partagés par les leaders, les architectes et les membres des communautés illustrent comment l’environnement bâti peut incarner des valeurs, transmettre l’histoire et soutenir le savoir intergénérationnel.

Les projets couvrent trois Premières Nations et une communauté inuite au Canada, illustrant une diversité de processus de conception, de structures de gouvernance et de contextes culturels. Bien que les approches diffèrent, un thème central demeure : l’architecture doit émerger de la vision de la communauté, du respect de la terre et d’une collaboration ancrée dans la culture.
Financées par Services aux Autochtones Canada et rédigées par Louise Atkins, ces études de cas servent à la fois d’inspiration et de guide. Elles rappellent clairement que la réconciliation véritable se construit — au sens propre comme au figuré — grâce à des partenariats durables, à l’autodétermination des peuples autochtones et à l’excellence architecturale.
Résumé des pratiques exemplaires
Les pratiques exemplaires mises en lumière dans ces études peuvent inspirer les communautés et contribuer à orienter les politiques et les pratiques des bailleurs de fonds gouvernementaux.
Des entrevues ont été menées auprès d’architectes et de designers, de chefs et de leaders communautaires autochtones, d’employés de gouvernements autochtones, d’entrepreneurs et de responsables d’entreprises de construction, de spécialistes universitaires et de bailleurs de fonds gouvernementaux. Les questions posées lors des entrevues s’appuyaient sur les thèmes de pratiques exemplaires issus du Symposium international sur l’architecture et le design autochtones de l’IRAC, ainsi que sur des considérations à valeur ajoutée telles que l’emploi autochtone. Les conclusions liées aux pratiques exemplaires sont regroupées en quatre catégories.
Lancement du projet
L’impulsion derrière chaque projet était différente. Certains visaient à remplacer des infrastructures existantes.
Les Six Nations de la rivière Grand remplaçaient des écoles à une seule salle de classe datant du début du 20ᵉ siècle.
Lorsque les Splatsin te Secwepemc ont perdu leur dépanneur et boutique d’artisanat « Log Cabin » dans un incendie, ils l’ont remplacé par un centre d’affaires beaucoup plus vaste, un marché d’artisans et des bureaux.
Les Premières Nations Squamish et Lil’Wat ont tiré parti des Jeux olympiques de 2010 pour créer un centre culturel destiné à présenter leur culture au monde entier dans leur territoire traditionnel partagé de Whistler, en Colombie-Britannique.
Au Nunavik, les principaux partenaires se sont regroupés pour concevoir, construire et suivre un duplex pilote pouvant servir de prototype pour un logement nordique durable, culturellement adapté, mieux conçu pour les changements climatiques et hautement écoénergétique.
Processus de co-conception
La co-conception est le processus de conception collaborative entre les architectes et la communauté autochtone en tant que cliente. Dans les quatre études de cas, les pratiques exemplaires comprenaient une écoute attentive de la part des architectes afin de comprendre la vision de la communauté, ainsi qu’une étroite collaboration avec le client tout au long de la phase de conception. Les bâtiments qui en ont résulté étaient ancrés dans le lien des peuples autochtones avec le monde naturel et reflétaient qui ils sont — leurs traditions, leur culture, leurs valeurs, leurs modes de vie et leurs aspirations.
La co-conception n’est pas une formule unique. Dans chaque étude de cas, elle a pris une forme distincte. Dans un projet, l’architecte a travaillé avec un vaste comité de pilotage composé de chefs autochtones et de représentants des parties prenantes. Dans un autre, des Aîné·e·s ont également participé. Un troisième projet a eu recours à une charrette de conception rassemblant un échantillon représentatif de locataires autochtones, tandis qu’un quatrième a intégré des portes ouvertes communautaires au processus. Deux bâtiments ont été conçus par des architectes autochtones, et deux par des architectes et designers possédant une expérience dans des contextes autochtones.
Pour les quatre projets, les répondants autochtones ont souligné l’importance d’avoir des architectes capables d’écouter attentivement la vision communautaire et d’entretenir un dialogue continu. Grâce à un processus itératif, les architectes ont proposé des options et solutions de conception jusqu’à ce que leurs clients soient convaincus que leur vision s’était concrétisée en un design répondant aux exigences fonctionnelles et reflétant leurs valeurs, leur culture, leurs traditions, leurs modes de vie et leurs aspirations.
Les conceptions faisaient référence aux formes de construction ancestrales et au respect profond des peuples autochtones pour le monde naturel. Dans tous les exemples, les bâtiments étaient ancrés dans leur environnement naturel et la plupart intégraient des matériaux traditionnels, particulièrement le bois. Chaque projet maximisait la conservation de l’énergie grâce à des systèmes mécaniques, à l’isolation et à des conceptions tirant parti des systèmes naturels de chauffage, de refroidissement et de circulation de l’air. Les bâtiments étaient ensuite optimisés grâce à leur implantation, leur orientation et l’utilisation de la lumière naturelle.
Conformément aux traditions haudenosaunee, l’école Emily C. General est orientée selon les quatre directions cardinales, suivant la trajectoire du soleil au fil des jours et des saisons. Selon les traditions Squamish et Lil’Wat, les entrées de leur centre culturel sont orientées vers l’est. Pour le duplex pilote du Nunavik, les entrées réversibles représentent une innovation architecturale permettant d’optimiser l’orientation de chaque maison pour le gain solaire et l’éclairage naturel.
Les architectes, designers et leurs clients ont soigneusement façonné les espaces intérieurs, commandé des installations artistiques et intégré des artefacts historiques et contemporains afin de transmettre la culture et de faciliter les pratiques traditionnelles et l’enseignement. Par exemple, les visiteurs du centre Quilakwa, tout comme les membres de la bande, peuvent s’asseoir et déguster leur café Tim Hortons parmi d’imposants poteaux et poutres en rondins sculptés d’images d’aigles chauves, de saumons, de poissons et de scènes de la vie traditionnelle des Splatsin.
Processus de construction
Chaque communauté a adopté une approche active et concrète du processus de construction. Une forte capacité communautaire autochtone a été démontrée dans la supervision et la gestion des projets. Des entreprises de construction autochtones et des organisations employant des travailleurs autochtones dans un large éventail de métiers spécialisés ont réalisé d’importantes parties des travaux. Les leaders sont demeurés impliqués et ont consacré les ressources nécessaires pour garantir l’achèvement des projets. Ces pratiques exemplaires pourraient être regroupées dans une ligne directrice permettant aux bailleurs de fonds des Premières Nations de reconnaître et d’évaluer cette capacité et de transférer le contrôle des projets d’immobilisations aux Premières Nations qualifiées.
Les comités de pilotage ont continué de jouer un rôle important en matière de supervision, orientant le développement et consultant les architectes, designers et gestionnaires de construction jusqu’à l’achèvement des projets.
Ces bâtiments et ces installations ont été construits par des membres des communautés autochtones. La gestion de projet et la majorité de la construction ont été réalisées par des entreprises autochtones employant des travailleurs locaux autochtones, illustrant des pratiques exemplaires en matière d’emploi, de développement des compétences, de fierté dans le travail accompli et de sentiment d’appartenance communautaire à l’égard des bâtiments terminés. Dans tous les cas, ces bâtiments sont hautement valorisés par les résidents des communautés autochtones et continuent d’être bien entretenus.
Les chefs des Premières Nations interrogés pour les études de cas estiment que, pour les communautés ayant fait preuve de leur capacité à réaliser des projets conformes aux spécifications, livrés à temps et respectant le budget, les organismes de financement devraient évaluer objectivement cette capacité et transférer le contrôle à la Première Nation pour tous les aspects de leurs projets de construction.
Deux projets des études de cas concernaient des Premières Nations qui étaient les principaux ou les seuls bailleurs de fonds de leurs bâtiments. Le centre Quilakwa a été entièrement autofinancé par la Première Nation Splatsin grâce à une combinaison d’assurance, de fonds en fiducie et de financement par emprunt. Les grands complexes culturels sont coûteux à construire et, malgré les contributions de tous les ordres de gouvernement et du secteur privé, un important déficit de financement demeurait pour le centre culturel Squamish Lil’wat et le centre culturel Squamish. Les deux Premières Nations ont contribué leurs propres ressources communautaires et leur expertise commerciale pour mener les projets à terme.
Pour les quatre projets, les leaders autochtones étaient déterminés à achever leurs constructions de manière à refléter l’identité de la communauté et à constituer une base pour la revitalisation culturelle et la croissance.
Résultats
Les répondants autochtones estimaient tous que l’impact de leurs bâtiments issus de la co-conception était important, avec des retombées positives et de grande portée.
Ils ont souligné le rôle du processus de co-conception architecturale dans la création de bâtiments qui résonnent avec la communauté et qui auront une valeur durable.
Les innovations architecturales mises en lumière dans ces projets ont depuis été appliquées plus largement à d’autres projets de construction.