Carmen Tocchini

1, April 2026

Pour célébrer et souligner l’apport des bénévoles de l’IRAC, nous avons le plaisir de vous présenter Carmen Tocchini, MRAIC.

Merci, Carmen!

Questions :

1. Pourquoi avez-vous décidé de devenir architecte?

Ma décision de devenir architecte remonte au début de mon adolescence, lorsque je travaillais avec mon défunt père dans notre garage que nous avions transformé en petit atelier. Par loisir, nous fabriquions des meubles et des objets d’art, et c’est ainsi que nous passions du temps ensemble durant ses dernières années. Il m’a appris à apprécier l’environnement bâti, à valoriser le fait de fabriquer, de créer de nos mains et d’apporter du sens et de la joie aux autres. C’était un érudit passionné d’histoire et de culture, et grâce à lui, j’ai compris l’importance de laisser le monde dans un meilleur état que celui dans lequel nous l’avons trouvé. Ce sens de l’altruisme m’est resté. À travers nos projets, j’ai été fascinée par la manière dont notre environnement peut enrichir l’expérience humaine, influencer notre façon d’être et même faire évoluer notre avenir. À bien des égards, choisir l’architecture a été pour moi une façon d’honorer son héritage et de poursuivre les valeurs qu’il m’a transmises.

2. Depuis combien de temps êtes-vous membre de l’IRAC et quelle valeur accordez-vous à votre adhésion?

Je suis membre de l’IRAC depuis 2019, et sa valeur réside dans le fait de faire partie d’une communauté nationale d’architectes partageant les mêmes idées. C’est l’une des rares plateformes au Canada où l’on peut contribuer à des actions de représentation à l’échelle nationale, qu’il s’agisse d’améliorer les conditions de travail, de renforcer les normes professionnelles ou d’élargir les possibilités d’apprentissage et de perfectionnement. L’IRAC favorise activement le changement et la modernisation au sein de la profession. Son engagement à rehausser la pratique de l’architecture, à soutenir la formation continue et à aborder les enjeux systémiques correspond étroitement à mes propres valeurs et à ma façon d’aborder le leadership et la pratique.

3. Pourquoi faites-vous du bénévolat pour l’IRAC?

Je fais du bénévolat pour l’IRAC parce que je souhaite contribuer à l’évolution positive de la profession. Mon rôle au sein du Comité consultatif sur la formation continue s’inscrit dans le travail auquel je me suis toujours consacrée : enseigner, encadrer et soutenir les architectes en début de carrière. Au début de ma carrière, j’ai dû composer avec de la discrimination et des difficultés, et bien que la situation évolue, ces expériences ont façonné à la fois ma résilience et ma compréhension de ma propre voix dans le domaine. Pour cette raison, partager ce que j’ai appris représente pour moi une responsabilité éthique. Si j’ai quelque chose de pertinent à apporter et la capacité de redonner, ne pas le faire irait à l’encontre de mes principes. Notre organisme de réglementation attend des architectes, par leur code de déontologie, qu’ils agissent avec intégrité, honnêteté, compétence et un engagement envers le mentorat, et je prends ces attentes très au sérieux. Je souhaite que ce que j’apporte serve de fondation pour les autres, en aidant les architectes à créer un travail porteur de sens, à favoriser des changements positifs et, en fin de compte, à aller plus loin que je n’aurais pu le faire moi-même. J’espère que cela deviendra un cycle continu où chaque génération ressentira la même responsabilité de contribuer à faire progresser la profession.

4. Qu’est-ce qui vous semble le plus difficile dans l’exercice de la profession d’architecte?

Le plus grand défi est d’aider les autres à reconnaître la valeur de notre travail. Les projets sont souvent dictés par des échéanciers serrés et des budgets limités, ce qui peut diminuer l’importance des processus créatifs, analytiques et itératifs qui définissent notre pratique. De plus, de nombreux clients et organisations s’attendent à une expertise approfondie et à une résolution de problèmes sans rémunération équitable — et parfois sans aucune rémunération. Je m’efforce de produire un travail de qualité, d’apporter une réelle valeur et d’agir avec intégrité dans chaque projet, mais ce respect n’est pas toujours réciproque. Ce déséquilibre explique précisément pourquoi je milite pour notre profession : les architectes méritent d’être reconnus pour l’étendue de leurs connaissances, leurs responsabilités et le soin qu’ils apportent à toutes les parties prenantes de chaque projet.

5. Pourquoi ce domaine de représentation est-il important pour vous?

Les domaines de représentation qui me tiennent le plus à cœur sont les politiques publiques et l’éducation. Les architectes évoluent dans des cadres réglementaires façonnés par des intérêts multiples, parfois divergents, qui ne priorisent pas toujours le bien-être à long terme du public. La représentation nous permet de remettre en question ces cadres, de mettre en lumière des angles morts et de faire émerger des perspectives qui ne sont pas toujours visibles, afin de garantir que l’environnement bâti serve les populations de manière équitable et responsable.

Parallèlement, la profession est devenue de plus en plus cloisonnée. Alors qu’autrefois les architectes étaient des bâtisseurs polyvalents dotés d’une compréhension globale, le domaine semble aujourd’hui fragmenté en niches spécialisées, ce qui limite la pensée holistique qui caractérise la pratique architecturale.

C’est pourquoi la formation continue est essentielle. Sans perfectionnement professionnel, on risque de se limiter à des rôles restreints qui négligent l’interconnexion de notre travail. Un apprentissage continu et global permet de préserver l’étendue des connaissances nécessaires pour diriger avec discernement, empathie et responsabilité. Ainsi, la représentation et l’éducation se renforcent mutuellement : elles contribuent à accroître la sensibilisation, à renforcer la profession et à garantir que les architectes demeurent en mesure de contribuer de manière significative à la société, ce qui reflète ma propre approche de la pratique et du leadership.

6.Selon vous, qu’est-ce qui transformera le plus la pratique au cours des cinq prochaines années?

Je crois que les technologies du bâtiment et l’automatisation sont appelées à transformer la pratique architecturale au cours des cinq prochaines années en modifiant fondamentalement la manière dont nous concevons, coordonnons et réalisons les projets. Bien que l’intelligence artificielle occupe une place importante dans les discussions, je la considère comme un élément d’une transformation technologique plus large : un outil avancé qui renforce, plutôt que remplace, le jugement des architectes lorsqu’il est utilisé judicieusement. Le véritable changement réside dans l’intégration de ces outils dans les flux de travail afin de réduire les tâches répétitives, d’améliorer la qualité et la précision, et de limiter les erreurs et omissions. L’automatisation de la modélisation, de la documentation et de l’analyse du bâtiment accélérera l’itération des concepts, permettra des tests de performance plus précoces et produira des résultats plus précis et mieux coordonnés. Par ailleurs, des technologies assistées — des moteurs de conception générative aux outils de simulation en temps réel et aux technologies de construction avancées — favoriseront des solutions plus économiques, viables et respectueuses de l’environnement, tout en améliorant le confort et l’expérience des occupants. Ensemble, ces avancées permettront aux architectes de se concentrer davantage sur la réflexion critique, la résolution de problèmes et le leadership en conception, tout en rehaussant les standards de la pratique.

7. Quel rôle voyez-vous pour l’IRAC et les architectes en matière d’action climatique, de vérité et réconciliation, d’équité et de justice, de réforme des modes d’approvisionnement et d’autres enjeux importants?

L’IRAC rassemble des architectes de partout au Canada et offre une plateforme nationale pour aborder des enjeux complexes en mobilisant une diversité de voix, d’expertises et de perspectives régionales. Cela permet de formuler des réponses plus solides et mieux informées, ancrées dans les réalités des communautés à travers le pays. Cette approche collective est particulièrement essentielle pour faire progresser une conception sensible au climat, promouvoir des politiques qui réduisent l’empreinte environnementale et reconnaître que les architectes jouent un rôle direct dans la trajectoire climatique du Canada par leurs décisions de conception, la science du bâtiment, le choix des matériaux et la planification à long terme. Par ses activités de formation, l’IRAC favorise également l’intégration d’une collaboration communautaire significative, une plus grande équité et justice au sein de la profession, ainsi qu’une réforme des modes d’approvisionnement qui privilégie la qualité, l’innovation et des conditions de travail équitables. Sa portée nationale permet de partager les connaissances, de cerner les lacunes et de créer un élan en faveur de changements systémiques — un travail beaucoup plus efficace lorsqu’il est réalisé collectivement plutôt qu’isolément.

8. Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent s’impliquer davantage dans des initiatives de représentation liées à l’architecture?

Les personnes souhaitant s’impliquer devraient d’abord se renseigner sur les enjeux qui façonnent notre profession, puis entrer en contact avec celles et ceux qui sont déjà engagés. L’obtention de certifications supplémentaires, la participation à des comités, la présence aux événements de l’IRAC et la contribution à des initiatives locales ou nationales sont des moyens concrets de prendre part au mouvement. La représentation est plus efficace lorsqu’elle est collaborative, éclairée et fondée sur un engagement sincère à améliorer la profession et les communautés que nous servons.

9. Comment intégrez-vous la diversité, l’équité et l’inclusion dans votre milieu de travail, dans l’environnement bâti et dans votre bénévolat?

J’intègre la diversité, l’équité et l’inclusion en créant un environnement de travail équitable et transparent où chacun est soutenu selon ses forces et bénéficie d’un accès égal aux possibilités, au mentorat et à l’apprentissage. Étant certifiée en accessibilité par la Rick Hansen Foundation, j’adopte une approche universelle dans chacun de mes projets, en privilégiant la conception universelle afin de créer des espaces adaptés à des personnes ayant des capacités, des âges, des origines et des besoins variés. Dans mon travail bénévole et professionnel, j’applique ces mêmes principes en étant à l’écoute, en amplifiant les voix sous-représentées et en défendant des politiques et des démarches qui permettent à la profession de mieux refléter la diversité des communautés que nous servons.

10. Que faites-vous en dehors de l’architecture?

En dehors de l’architecture, je cultive une passion de longue date pour la mécanique automobile, en particulier dans le domaine de l’ingénierie des motocyclettes. Je suis actuellement inscrite à la School of Transportation du Centennial College afin d’approfondir mes compétences techniques. Je consacre mon temps à la restauration et à la modification de motocyclettes anciennes, avec un intérêt particulier pour la reconstruction et le réglage des moteurs, que je transforme en café racers. C’est un exutoire créatif pratique qui me permet de me déconnecter du rythme du travail en architecture, tout en continuant à construire, perfectionner et résoudre des problèmes d’une manière profondément satisfaisante.

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